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Les poings sur les I

Les poings sur les I

Billets et commentaires pleins de punch sur tout et n'importe quoi

Argot et ergots sales

Argot et ergots sales

La langue, c’est un peu comme le cul. Si on arrêtait d’être sérieux comme des papes à chaque fois qu’on met le couvert, les tourtereaux s’emmerderaient moins ferme. Le « devoir conjugal » deviendrait une franche partie de rigolade et de jambes en l’air, et ça glousserait sous l’édredon au lieu de couiner par obligation. Pour la langue, c’est pareil. Le Français sempiternel auquel on ne peut pas toucher sans prendre de gants, c’est chiant comme la pluie. C’est pas vilain, sur que non, mais on finit quand même par tourner en rond avec des formules pompeuses. La langue doit être modifiée, tordue dans tous les sens pour devenir un joyeux bordel, mais tellement plus riche qu’un vieux machin immuable. Que les Hugo, Verlaine, Baudelaire et autres Prévert roupillent tranquilles sous leurs épitaphes, je n’ai aucune intention de me soulager sur leurs illustres œuvres. C’est des pointures, y’a pas. Des dabes. Des magiciens. Seulement, c’est pas les seuls. Une langue sans argot c’est une raie sans beurre noir, un rougail sans piment, une morue sans sel. Ca manque de goût.

Il n’est pas rare d’entendre que le Français se perd. Que la langue de Molière se parle moins bien. Que les jeunes sont des illettrés, surtout en banlieue. Un beau ramassis de connerie. Les mêmes qui se bidonnent légitimement devant un bon vieux Audiard oublient qu’un tel vocabulaire, il n’y a pas si longtemps, n’allait pas de soi. L’argot qui a acquis aujourd’hui ses lettres de noblesse, c’est un champ lexical de loulous, de caillera, de voyou ou de pied nickelé. Mais c’était du lascar local, du tonton bien de chez nous, du Vaurien qui sentait le sauciflar. Ca fleurait bon l’ouvrier, le travailleur. Aujourd’hui, le Français fascisant se sent menacé par l’ultra marin, celui qui depuis l’autre coté de la méditerranée, où du périph’, agresse son vocable si spécifique, et en plus touche les allocs. Sauf qu’une langue qui s’enferme est une langue qui crève. La langue est vivante, sinon c’est du latin. C’est pas mal à l’école, et encore en option. La gouaille Parisienne s’est fondée sur le mélange. Un mélange populo, donc multiculturel.

De Fallet à Oxmo Puccino, de Renaud à Mc Solaar, les mêmes procédés. Une plume de déglingo, de dingue, de ouf, de malade, de taré, de toqué, de maboul, de fada, de fondu, et un peu d’argot. Pas le même, celui de son époque, de son milieu. Du bredin au roi des cons en passant par le mariole, on peut trouver tout les qualificatifs adéquats pour définir les opposants au « parler banlieue », qui n’est autre que la langue d’Audiard de demain, l’argot moderne.

L’argot c’est salvateur. C’est comme ca qu’on causait dans les tranchées. Les journaux imprimés à la va vite étaient remplis de formules imagées pour se foutre discrètement de la gueule du courageux état major qui envoyait joyeusement la chair à canon se faire péter la panse au nom de la nation au coq. Avec l’argot, on se fend la poire, on tape des barres, on rigole, bref, comme le coq, on continue de chanter même avec les deux pieds dans la merde. Vous l’aurez compris, évitons de se faire bébar par les entrepreneurs de morale du Français du XVIe siècle. Rester en arrière, c’est rarement bon, comme dit ventura, « à la retraite de Russie c’est les mecs qu’étaient à la traine qu’ont été repassés ».

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