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Les poings sur les I

Les poings sur les I

Billets et commentaires pleins de punch sur tout et n'importe quoi

Mayweather-Mcgregor : quand le sport s’incline face au capitalisme spéculatif

Mayweather-Mcgregor : quand le sport s’incline face au capitalisme spéculatif

Le combat entre mayweather et McGregor fait couler de l’encre et distribuer des billets, au détriment du sport, qui n’est plus depuis longtemps le centre de l’affaire.

« Le catch est une déjection de la boxe », dit Alexis Philonenko*. Historiquement, c’est vrai. Les anciennes gloires du ring se retrouvaient bien souvent, gras et hors de forme, à proposer des exhibitions dans des foires au XIXe siècle pour amuser les badauds et gagner leur croûte. On peut voir là les prémisses du catch moderne, ses excès kitsch et ses muscles démesurés huileux. De la même manière, les combats « interdisciplinaires » entre boxe anglaise et française, par exemple ont marqué l’histoire des sports de combats. Il est naturel de se demander quel sport est le plus « efficace », de même qu’il est normal de chercher à savoir qui est le plus fort de la cour de récré quand on a 9 ans. Entre McGregor et Mayweather, il ne s’agit pas de boxe. Il ne s’agit pas non plus de MMA. Il s’agit d’exhibition, comme à l’époque mais en plus lucratif, entre discussion de bar concernant la primauté d’une discipline sur les autres, farce sportive et entrée dans une nouvelle ère du sport : le buzz et la spéculation.

Les faits

Conor McGregor, 28 ans est un champion de MMA incontestable, grande gueule, costaud et courageux. C’est aussi le produit d’appel de l’UFC, la plus célèbre ligue de ce jeune sport. Mayweather, 40 ans est probablement l’un des plus grands boxeurs de l’histoire et il sort d’une retraite dorée de pratiquement deux ans pour quelques centaines de milliers de dollars de plus. Les deux types vont se retrouver pour 12 rounds (rien que ça, c’est la distance pour un championnat du monde !) le 26 juillet prochain selon les règles de la boxe anglaise avec quelques ajustements ridicules (comme le droit au « superman punch », un coup surréaliste, implaçable face à un mec sérieux entre seize cordes). Sportivement, c’est plié. Mayweather va battre McGregor, probablement avant la limite, sauf s’il veut faire durer le spectacle car le combattant de MMA sait encaisser. Les vidéos des entraînements du champion d’UFC traînant sur les réseaux sociaux et le montrant en train de « s’exercer » laissent penser qu’il a, au mieux, un niveau de champion régional amateur en boxe : garde basse, déplacements insensés, gestes à la limite de la cohérence pour un boxeur anglais.

Ce que ça dit

On ne parle pas ici d’histoire à la Rocky, de faibles chances de succès ou de lutte séculaire entre un champion et un illustre inconnu. On parle d’une exhibition n’ayant aucun intérêt sportif qui va rapporter quelques 250 millions de dollars à Mayweather (tant mieux pour lui, il semblerait qu’il ait des ennuis avec le fisc américain). Si le montant touché par McGregor n’a pas été annoncé, le directeur de l’UFC, Dana white, a affirmé que « tout le monde était content ». Le sport a changé de dimension. Un affrontement qui dessert deux disciplines est organisé à coup de billets verts. L’UFC va certainement voir son produit d’appel se faire assommer par un retraité. Mayweather va battre un des plus importants records de la boxe en remportant son 50e combat professionnel sans avoir jamais perdu (passant devant Marciano, invaincu en 49 combats), sans gloire aucune. Les connaisseurs se gaussent, les sportifs sont atterrés et les businessmens se pourlèchent les babines. Ils ont pigé que le spectacle, c’est fini. Maintenant, c’est la spéculation sur l’intérêt potentiel d’un évènement qui n’en a intrinsèquement pas qui compte. Au même titre qu'il est possible d'envisager de mettre 190 millions sur un môme de 18 ans (on pense à Mbappé) qui peut se fracturer demain le tibia dans le foot et ainsi ruiner sa carrière (ce qu’on ne lui souhaite pas). Au même titre qu’on peut lâcher 222 millions de clause libératoire pour une marque talentueuse, mais une marque quand même (on pense à Neymar), tant que cette dernière a plus de followers sur twitter que le compte officiel du club qui l’accueille. Ce qui compte, ce n’est pas le sport, jeu de football ou combat de boxe, ce sont les retombées économiques et le potentiel de buzz. Le capitalisme a atteint son stade suprême dans le sport. Il est devenu exclusivement spéculatif et alimenté par les réseaux sociaux.

Avec ces deux types, le buzz est assuré. Facile. Les conférences de presse d’avant combat, entre bêtise attérrante, insultes et homophobie crasse ont assuré le spectacle. Quid du principe de réalité ? Sur le ring, c’est la capacité des mecs à se dépasser, dans un sport à la limite entre nature et culture, où l’animalité s’exprime autant que l’humanité à chaque coup de poing, à chaque goutte de sueur et à chaque giclée de sang. Même dans pareille mascarade, ça peut arriver, un moment de grâce où les types oublient les biftons et se livrent vraiment, dans une étreinte de cuir. Mais franchement, vu l’écart entre les mecs, on n’y croit pas. Le capitalisme a tué jusqu’à l’émotion de la boxe. Sinon, le même jour, Miguel Cotto, multiple champion du monde dans plusieurs catégories, affronte le nippon Yoshihiro Kamegai pour le titre WBO vacant des super-welters. Mais ça, tout le monde s’en fout.

*Dans son ouvrage Histoire de la boxe. Alexis Philonenko est historien de la philosophie.

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