Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les poings sur les I

Les poings sur les I

Billets et commentaires pleins de punch sur tout et n'importe quoi

Céline, génie littéraire et collabo

Céline, génie littéraire et collabo

Pourquoi chercher à réhabiliter Céline est une erreur.

Depuis qu’un pavé de 1000 pages et des broutilles intitulé « Céline, La race, le juif » a été jeté dans la mare littéraire, penseurs, historiens et éditorialistes n’ont de cesse de s’écharper autour de la question suivante : l’auteur de « Mort à crédit » était-il un inoffensif salopard antisémite griffonnant « Bagatelle Pour un massacre » dans sa piaule ou un authentique collabo actif ? On ne niera pas l’importance de dévoiler la vérité historique autour du gugusse. Toute vérité historique en tant que telle doit être recherchée. C’est le job des professionnels des archives. On ne reviendra pas non plus sur la solidité argumentaire, réelle ou supposée de ce bouquin qui est le résultat d’un boulot colossal. On reconnait, on ne l’a même pas lu. Le problème est ailleurs. Il réside précisément dans la propension naturelle à prendre position de manière hystérique dès que ce monstre sacré de la littérature est mis en cause. Comme si, en admirant la plume, la langue crasseuse qui s’appuie sur la médiocrité humaine, en se passionnant pour ses formules fécalisantes et ses romans à la noirceur opaque, on était de fait un collabo en puissance ou un adorateur du IIIe Reich. Non. La recherche systématique de la réhabilitation du personnage Céline est une erreur. Il n’y a pas à culpabiliser en ouvrant un bouquin de ce type. Pas besoin de se sentir sali en prenant un plaisir malsain à se plonger dans la boue épaisse et délicieuse qu’il offre à ses lecteurs. Céline était un type hideux, au moins aussi crade que les personnages qu’il décrit. Mais on s’en fout, c’était un des plus grands auteurs du XXe siècle. Dévoiler des éléments de la vie de l’homme ne peut rien enlever à cette réalité. Chercher à le réhabiliter c’est croire le contraire. Ou alors, c’est penser que lire les bafouilles d’une ordure est dangereux pour la santé. Les oeuvres de génie n'ont pas toujours été écrites par des saints. La volonté de voir derrière tout ce qui est exceptionnel quelqu'un de formidable est imbécile et manichéen. Que les historiens continuent de bosser, que les chercheurs en littérature décortiquent les bouquins et que les lecteurs fassent ce qu’ils font de mieux, avec le recul critique qui convient.

« Céline, La race, le juif. Légende littéraire et vérité historique », Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff (Fayard, 2017)

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article