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Les poings sur les I

Les poings sur les I

Billets et commentaires pleins de punch sur tout et n'importe quoi

Dans la peau d’un homme

Capture d'écran d'une vidéo du Guardian où une journaliste anglaise accoste des hommes croisés au hasard

Capture d'écran d'une vidéo du Guardian où une journaliste anglaise accoste des hommes croisés au hasard

Nombreuses ont été les vidéos (toutes excellentes), montrant des hommes dans un monde où le sexisme s’inversait. A chaque fois, le même malaise. Du coup, voici un texte fictionnel dans la même veine.

Ce matin, le soleil brille. Il faut dire que nous sommes début juillet. Il y a comme un air de vacances. J’aime le début des beaux jours. Même s’ils sont pour moi synonyme de casse tête. Je suis un jeune homme d’une trentaine d’années, plutôt beau gosse, comme elles disent. Et ces chaleurs me donnent chaque matin la migraine. Mais pas aujourd’hui. Je me suis levé du bon pied. J’enfile donc un bermuda, et un tee shirt. Ma cheffe est en séminaire toute la journée. Pas de risque qu’elle me fasse une réflexion. Je bosse dans une grosse boîte de la défense. Je travaille aux ressources humaines. Un métier masculin, dit-on. Car il paraît que nous avons le sens du contact, et une sensibilité supérieure à ces dames. Je n’ai jamais bien compris pourquoi. Et cette règle ne semble pas s’appliquer pour la Direction des RH.

Je suis à la bourre. Comme souvent. Je croise plusieurs femmes, en costume cravate. Je ne sais pas ce qu’elles ont toute en ce moment, mais elles me matent avec insistance de leurs regards concupiscents. Je me demande si toutes ces pubs avec des mecs à poil ne leurs tapent pas sur le système. Justement, en voilà une. Le produit est une glace. Ou un homme, on ne sait pas trop. Toujours est-il que l’homme aime cette glace, qui a un peu la forme d’une vulve. Il semble la lécher avec une passion inhabituelle. A moins que ce ne soit les beaux jours qui les rendent folles. Je regrette d’avoir mis un short. Et puis non, je n’ai quand même pas passé deux heures à m’épiler les gambettes pour rien ! Une vieille est assise sur un banc. Jambes écartées, se tenant la tête sur sa canne. Elle n’a plus toutes ses dents, mais elle me sourit, avant de se passer la langue sur les babines, et me lance : « On est joli ce matin ! ». Je ne suis pas d’humeur. Je l’entends ronchonner.

J’arrive au tramway. J’en ai pour une dizaine de stations. Il est bondé, à cette heure ci. Je suis collé à deux autres hommes. Je ne peux pas m’empêcher d’être content. Au moins, pas de risque de me faire tripoter. Ils me lancent un regard complice, petit sourire en coin. Je crois qu’on se comprend. Une femme parle au téléphone, très fort. « Mais attends, il se prend pour qui ce connard ? Je vais le remettre à sa place. Ce genre de gigolo, je les défonce, moi ». Elle raccroche, et ajoute : « Quel petit lécheur de chatte ! ». A l’arrêt suivant, un couple d’ados s’enlacent. Le jeune garçon glousse, tandis que la jeune fille l’embrasse dans le cou en lui touchant l’entre jambes. Il repousse sa main, avec un petit rire gêné. J’arrive à mon arrêt. Une femme ouvre la porte du tram, et me fais signe de m’engager : « Allez y mon mignon ». Je remercie à la hâte, agacé par la réflexion. Je ne suis pas hommiste, mais tout de même ! J’ai toujours trouvé cette galanterie imbécile. D’autant que c’est, comme souvent, un prétexte pour une remarque déplacée. Elle me suit de près. Je me rends compte que c’est celle qui braillait au téléphone. Elle me dit : « Et il va où, comme ça ? ». Je lui réponds, sans m’arrêter « Bosser, je suis pressé ». Elle rétorque « t’as tort, je paye mieux que ta patronne ». Je me retourne, scandalisé. Elle me fixe toute sourire, forme un V avec ses doigt et fais mine d’y glisser sa langue. Elle se marre, et tourne les talons, non sans un regard insistant sur mon pénis.

Je suis en colère lorsque j’entre dans la tour de mon entreprise. Et un peu triste aussi. Ma bonne humeur matinale en a pris un coup. Et mon short, pourtant tout à fait adapté à la température, me gêne. Je suis rouge pivoine. Le secrétaire, un vieux con, me lance un regard réprobateur. Lui porte son éternel pull en laine. Arrivé à mon bureau, j’ai un retour des entretiens de la semaine dernière. J’ai soumis huit candidates à ma directrice pour un poste à responsabilités. En réalité, il s’agit de sept candidats et d’une candidate, mais en grammaire, le féminin l’emporte sur le masculin. La candidate m’a paru hautaine, prétentieuse, et un peu molle, mais surtout, moins qualifiée pour le poste. L’un des candidats est brillant. Je l’ai mis en haut de la pile, avec de chaudes recommandations. Je réalise les entretiens, mais ce n’est pas à moi que revient la décision. La candidate a été sélectionnée. Plus prometteuse, d’après la cheffe. Surtout, elle risque moins de prendre un congé paternité de plusieurs mois.En revanche, la semaine dernière, un secrétaire de Direction et un agent d’entretien ont été embauchés.

Le secrétaire a 22 ans et une gueule d’ange. L’agent d’entretien est à mi-temps, et fait des ménages en plus de son travail matinal pour la boite. Dégouté de ce retour, j’allume mon téléphone. Un article de Libération dénonce un nouvel écart à l’assemblée. Une députée est accusée d’agression sexuelle sur plusieurs de ses comparses masculins. Ma Directrice entre en trombe dans mon bureau, sans frapper. Mais putain, elle ne devait pas être en séminaire ? « Ce matin, c’est annulé. Réunion dans cinq minutes », me lance-t-elle sans un bonjour. Je m’empresse de la suivre. Elle se retourne, et demande : « Vous avez eu mon retour ? Vous appellerez les candidates cette après midi, comme convenu. J’ai pris Mme X, mais n’y voyez aucun sexisme. Je pense simplement qu’il faut une femme à poigne pour ce poste ». Connasse. En se retournant, elle regarde mes jambes. « Dites donc, on voit que c’est l’été ». Il y a du monde dans le couloir, elle se retient d’en dire plus, surtout depuis qu’elle s’est mangée un procès pour harcèlement sexuel sur un stagiaire qui a démissionné. Mais enfin, elle a été relaxée, et promue une fois lavée du déshonneur par la justice.

Avant d’entrer dans la salle de réunion, où toutes les cheffes attendent déjà, elle me lance : « Dites moi, mon petit, pouvez vous aller nous chercher la cafetière dans la cuisine et la lancer, vous seriez adorable ». Je m’exécute. Ce n’est pourtant pas sur ma fiche de poste. Lorsque je reviens, la réunion a commencé. Autour de la table, la Directrice générale, son adjointe, la Directrice des ressources humaines et moi. Je suis là pour présenter les atouts de la nouvelle recrutée. Même si j’en pense pis que pendre. Je ne prendrai la parole que pour cela. Le reste du temps, ces dames échangent des mondanités sur leurs petites vies de cadres supérieures. Et sur leurs hommes qui les ennuient. La DG me lance : « Vous, les garçons, c’est terrible ce que vous aimez les bijoux, n’est ce pas ? ». Je n’en porte pas. Je me contente de rire jaune. Elle déclare avoir offert une bague hors de prix à son mari. Cela la regarde. Vivement qu’on en finisse.

J’ai eu du mal, mais j’ai trouvé des atouts à la candidate sélectionnée par la Directrice. Je l’ai qualifiée « d’ambitieuse ». Ces trois abruties ont adoré. En retournant à mon bureau, je croise la stagiaire de la com’. C’est la filleule du DG. Elle a des boutons plein la figure. C’est une grande saucisse dégingandée à l’hygiène douteuse. Elle me lance un « bonjour », enjoué. Un collègue du service communication, syndicaliste et clairement hommiste avec lequel je m’entends bien m’a dit « qu’elle matait mon cul comme si elle voulait le bouffer ». Elle a tout juste vingt piges, pourtant, je rase les murs quand je la croise.

Je déjeune justement avec le dit collègue ce midi. Lorsqu’on est ensemble, je me sens enfin bien. D’abord parce que les femmes de l’entreprise n’osent plus me faire de réflexion. Son militantisme leur fait peur, je crois. Et puis, il a de la répartie. Il me parle, comme souvent, des hommen, qui luttent pour l’égalité entre les hommes et les femmes par des actions visibles, souvent « topless » dans l’espace public. Je les trouve courageux, mais d’un autre côté, montrer ses pectoraux, c’est exagéré à mon goût. Il me dit que j’ai tort, et que c’est bien moins agressif que les diverses formes de harcèlement que nous subissons quotidiennement. Je repense à ma rencontre du métro. Je me dis qu’il a raison.Cette après midi, je rappelle mes candidates. Enfin, d’abord mes candidats, je terminerai par la candidate qui a le poste. Arrivé au plus brillant, un jeune homme dynamique et sérieux, j’entends sa voix faillir lorsque je lui annonce la mauvaise nouvelle. Il ne veut pas sangloter, mais je sens bien que je ne suis pas le premier à lui dire non. Il me remercie d’avoir rappelé. La candidate sélectionnée, en revanche est ravie. Elle conclue l’appel ainsi : « Je suis vraiment enchantée que nous soyons amenées à travailler ensemble ! ». Elle n’est pas du tout dans mon service.

Nous sommes vendredi. En cette période de l’année, les boîtes tournent au ralenti. La Directrice des ressources humaines s’ennuie. Trois fois qu’elle pousse la porte de mon bureau pour venir me parler de tout et de rien. Alors que je m’apprête à partir, ma journée terminée, elle me propose d’aller boire un verre. Je refuse. Ce soir, je vais voir mon amoureuse. Elle dit qu’elle n’est pas obligée de le savoir. Je lui rétorque que ce n’est pas le problème. Elle me dit alors : « Si tu as de l’ambition, il va falloir que tu me la montres ». Elle ne parle pas de mon ambition. Elle passe la main sur ma verge. Je la repousse et m’enfui en courant. Dans les transports, me rendant chez mon aimée, je fixe le sol. Arrivé devant sa porte, je sonne. Elle m’ouvre, et me dit : « Oh, il est super mignon ce short ! ». J’éclate en sanglots.

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