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Les poings sur les I

Les poings sur les I

Billets et commentaires pleins de punch sur tout et n'importe quoi

L’argumentaire anti-féministe ne tient que sur la rhétorique

L’argumentaire anti-féministe ne tient que sur la rhétorique

Peu de débats de société produisent des réactions aussi épidermiques, aussi organiques que la question de l’égalité des sexes. Il est tout à fait étonnant d’observer à quel point n’importe quel homme éminemment convaincu d’être dans son bon droit lors de la défense acharnée de ses privilèges genrés ou l’attaque à l’encontre de la menace féministe se transforme immédiatement en sinistre imbécile. Seule une rhétorique solide le sauve de la risée dont il devrait être légitimement victime. Universitaires, journalistes, scientifiques, éditorialistes, esprits habiles et fins, professionnels de l’argumentation, spécialistes de l’organisation de la pensée, se transforment immédiatement en gorilles décérébrés. Le discours se mue en conséquence. Globalement, l’argumentaire repose sur trois grands axes (nous excluons le religieux).

  1. Les féministes sont des mal baisées.
  2. Les différences, et donc les inégalités entre hommes et femmes, sont naturelles. Question de rôle social.
  3. Les féministes exagèrent et sont misandres. Ce point est souvent renvoyé au premier, à savoir : si elles étaient mieux baisées par des vîts puissants leur colère s’apaiserait.

Cette formule sommaire est généralisable à l’ensemble des agressions que subissent les féministes, et déclinable en moult sous arguments parfois rhétoriquement viables mais systématiquement néants sur le fond.

Prenons le premier. La question sexuelle. Changeons-le de contexte. La CGT lutte pour l’augmentation des salaires d’une entreprise sidérurgique. Dialogue social oblige, les représentants syndicaux se réunissent autour de la table avec le patron de la boite. Ce dernier, avec une moue de dégout, leur explique qu’après un bon toucher rectal, les inégalités salariales leur sembleront ma foi bien plus supportables, et qu’un plug anal est un outil suffisamment bon marché pour que leur plaisir ne nécessite en rien revalorisation du salaire mensuel. Peu probable que ledit patron rentre chez lui le soir. En outre, la science n’a, à ce jour, jamais prouvé que le féminisme était incompatible avec une sexualité épanouie. Au contraire.

Même exemple pour le second. Allez expliquer à un délégué du personnel que ses copains prolétaires sont naturellement voués à visser des écrous sur une chaîne de montage pour des clopinettes.

Enfin, qui oserait rétorquer frontalement sur un piquet de grève que la colère revendicatrice est exagérée ? De même, est-il nécessaire de rappeler que lutter pour l’égalité n’a rien à voir avec une attaque ciblée contre les hommes ?

Il est relativement naturel, lorsqu’on occupe la position de dominant dans un système social, de souhaiter conserver cette position. Les réactions anti-féministes de certains hommes sont donc l’expression réactionnaire, puisqu’il s’agit bien d’une réaction, de leur volonté conservatrice. Cependant, il est grand temps de prendre conscience que le fondement intellectuel de cet argumentaire est inexistant. Il s’agit en conséquence d’un simple exercice rhétorique relativiste et sot, basé exclusivement sur la mauvaise foi et la peur d’une inversion de la hiérarchie des genres.

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