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Les poings sur les I

Les poings sur les I

Billets et commentaires pleins de punch sur tout et n'importe quoi

La loi du marché

La loi du marché

La loi du marché m'a mis un coup de poing dans la gueule. Ça valait bien une bafouille.

Je ne suis pas un cinéphile. J’ai jamais réussi à me pignoler sur une contre plongée ou un regard caméra. Je pige quetchi à la lecture de télérama et des inrocks, ou à la beauté des plans des génies de la nouvelle vague. J’aurais pourtant aimé, ça aurait fait « smart » pendant les happy hours. Je respecte, mais c’est pas ma came. Ce que j’aime, dans le cinoche, c’est quand un film va chercher tes tripes à mains nues directement au creux de ton bide, et te les ressort toutes fumantes, jusqu’à te coller la larme à l’œil. Celle que tu ne feras pas tomber parce que t’es trop fier. Ou trop con. C’est pour ça qu'habituellement, je ne mate que des nanards. Expendable, c’est marrant et tu le payes pas trop cher en émotions. Logique de réduction des coûts. La loi du marché, pourtant, j’ai sauté le pas.

Je regrette pas. En filigranne ou en cash, sur la pellicule, t’as tout le système en tranche. Et que tu sois prollo, chomeur, plein aux as ou président de la république, tu es Lindon à la minute où ça démarre. Tu passes chez pôle emploi, ses ateliers CV ou tu te fais reprendre par les copains au chomdu avec un formateur psychologue de bazar qui est censé te donner des outils pour avancer et « améliorer ta présentation ». Tu vis les entretiens par webcams où le RH te demande si t’es prêt à baisser ton froc pour eux avant de conclure en disant que t’auras certainement pas le poste. Le système est comme ça, il aime bien se faire sucer avant de te la mettre. Les conseils de la banquière, qui souhaite que tu vendes ton seul bien, parce qu’elle sent bien que t’es dans la merde. C’est pas pour t’aider, c’est pour éviter que tu doives du pognon à sa boîte. Et ces putains d’euphémismes à la con, pour dire que t’es bon à crever la bouche ouverte parce que le marché ne veut plus voir ta tronche.

On a l’impression que Stéphane Brizé a filmé du réel avec Vincent Lindon dedans. Lindon, justement, ce malade des tics transformé en ex-ouvrier taiseux, laissé pour compte sur l’autel du profit et forcé de collaborer avec le système, en devenant vigile dans un super marché. Il n’y a pas d’alternative. Le système tu l’aimes ou tu le quittes. Et si t’es pas content t’as qu’à fermer ta gueule. C’est l’avantage des individus interchangeables dans des boulots de cons, où t’es corporate quand tu balances les collègues qui chourent des bons de réduction pour nourrir leurs gosses. Le système, c'est un maquereau qui nous a tous foutus sur le trottoir, à tapiner pour des clopinettes. Et ça pose la question suivante. Pour survivre, a-t-on le droit de marcher sur la gueule des aminches ? Vous avez 4 heures. Brizé a répondu. Le système aussi. Ce dernier approuve.

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