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Les poings sur les I

Les poings sur les I

Billets et commentaires pleins de punch sur tout et n'importe quoi

En maison médicalisée, on repeint la mort en rose

En maison médicalisée, on repeint la mort en rose

C'est raide les mouroirs. Vous pouvez y foutre des fleurs, ça sent le vieux pareil. Le vieux liquide, fripé, qu'a l'oeil vitreux, la démarche monotone du zombie, et des fois même le râle en prime. Mais à 4000 par mois, on fleuri les maisons avant les tombes. Des roses précèdent les chrysanthèmes.
Les vieux puent. Parce que c'est pas naturel de pas caner quand on peut plus vivre. Y'a celui qui crache tout les deux mètres comme un dégueulasse, que t'as peur qu'il glaviote sur tes pompes. Y'a ceux qui gueulent comme des mômes qui veulent rentrer chez eux et revoir maman. C'est con comme un gosse, un vieux, la vie en moins dedans. Y'a ceux qui parlent pas, qui matent le vide. Les yeux en merlan frit. De temps en temps, ils lèvent le bras, ouvrent une bouche édentée. Parfois ils bavent. Y'a ceux qui qui te racontent des histoires à pieuter debout. Les psys causent de problème cognitif. En vrai, ils y bitent plus que dalle à ce qui se passe. Y'a ceux qui sont obsédés par la selle. Aller chier, la grande angoisse de la gériatrie. Le quotidien, de la merde et de la pisse entre le réveil musculaire et la tarte aux poires du goûter. Ça fait une occupation. Le bridge, ça va bien 5 minutes. Y'a ceux qui se mettent du papier cul dans les parties, puis qui finissent par le paumer parce que leur hardes sont trop larges pour leurs vieilles carcasses. Y'a ceux qui t'expliquent qu'on leur a chouravé leurs econocrocs. Ils le répètent tous les jours, toute l'année. Pourtant, y'a plus grand chose à voler. Y'a ceux qui s'insultent, qui s'engueulent. Ceux qui baffent les infirmières. Ceux qui mentent, par oubli ou par plaisir. Ceux qui ont envie de contact, qui s'accrochent au premier bras venu comme un poivrot au zinc d'un rade cradingue. Et dire que ca peut même plus picoler pour oublier, ça a des aigreurs. Y'a ceux qui sont en couple, et qui attendent sereins la faucheuse, sourire béat, surs qu'ils sont qu'elle les prendra en kit. Que nenni, elle en laissera un sur le carreau. Et l'autre se fondra dans la masse de ses congénères. Fini les gencives apparentes. En grève, les zygomatiques. De la mouise, des souvenirs et des larmes, comme les autres.
Et puis c'est méchant, un vieux. Faut que les proches payent de l'avoir foutu là. À grand coup d'emmerdements et de saloperies. Comme un singe qui jetterait son étron à la gueule du frangin qui lui a collé un coup de dent.
Ils ont des activités, les vieux. Pour les garder éveillés. Pour retarder la décomposition. À grand coup de salsa, de cours de chant et d'animateurs qui ont loupé l'avion pour le club med. C'est une vocation qu'y disaient.
Dans la cour du mouroir, qui serait bien coquette, sans tous ces vieux dedans, ils se baladent. Y'a du soleil. Les vieux, ça prend pas le soleil. Ça baisse la tête, ça mate le sol et ça attend la mort. Les vieux, ça se garde pas chez soi, ça sent déjà bien trop la charogne.

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