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Les poings sur les I

Les poings sur les I

Billets et commentaires pleins de punch sur tout et n'importe quoi

Tribulations sexuelles 2.0

Tribulations sexuelles 2.0

Je ne suis pas un utilisateur des sites du type Tinder ou adopte un mec/une meuf/un chat/un poisson rouge. Je n’ai donc absolument aucune légitimité à en parler. Et c’est très précisément la raison pour laquelle je vais le faire quand même.

Pouvoir se faire des papouilles sur/dans les parties génitales à toute heure du jour et de la nuit, en soi, ça me semble plutôt cool. Vraiment. Je suis loin d’être un moraliste. Je suis même plutôt le genre à bouffer des cuisses de grenouilles de bénitiers avachi dans ma luxure en sifflant des pintes à la santé des anges, et en déplorant que ces derniers ne disposent pas de sexe. Quoiqu’ils s’en moquent, les voies de Dieu sont impénétrables, paraît-il. La liberté sexuelle post soixante huitarde, avec son fameux crédo « jouir sans entrave », je n’y trouve à peu près rien à redire. Au contraire. Il n’y a pas grand-chose au monde de plus sympa qu’une bonne partie de jambes en l’air. Et puis, désacraliser le cul, ça fait du bien.

Du coup, Tinder et consor, me direz vous, je devrais trouver ça top. Où que l’on soit, on « matche » des gusses et des gussettes pour un verre et un coup d’un soir. Ce qui me fait tilter, c’est la méthode. Les doigts qui valident sur écran le potentiel de séduction de l’autre d’un glissement sur la base de photos. On fait ses courses en ligne, dans le métro ou dans la rue. Je ne dis pas que la séduction autour d’une table, d’un joint ou d’un coup de gorgeon n’implique pas de se vendre, mais avec ce type de dispositifs, on rentre sur un véritable supermarché du cul. Vous êtes l’offre, et la demande. Votre profil est construit sur le modèle du rayon crèmerie de chez monop’. Basé entièrement sur du « facing », comme disent les chefs de rayon. Une photo retouchée pour faire sortir des ratiches aussi blanches que possible. Un morceau de biceps après un séance de fonte pour montrer qu’on est un sportif. Le truc, c’est de se faire liker, pour aller à la rencontre. Déçu ou pas, une fois qu’on y est, on fera avec. Un petit coup vite fait, ça mange pas de pain, et après retour dans sa solitude.

Et puis, ce qui est emmerdant, c’est qu’il existe une autre injonction en face. On se matche sur Tinder pour s’enfiler pepouse à l’heure de Thalassa, mais on veut en même temps vivre le grand amour le plus réac possible. Celui qui est issu directement des Walt Disney. Un seul partenaire pour la vie, comme les hippopotames. Eventuellement un mariage, avec des sacs de riz et des robes à la con hideuses qui valent trois mois de SMIC et qui tremperont dans la boue parce que les unions heureuses se font sous la pluie. Pourquoi pas à l’Eglise, avec un cureton c’est toujours mieux. Ça fait plus solennel.

En fait, le cul contemporain c’est un peu comme l’alcool au volant. On veut se la coller comme pas possible et enchaîner les shots jusqu’à se gerber sur les pompes, mais aussi prendre l’autoroute du soleil dans un monospace avec les gosses à l’arrière. Tiraillés entre les deux modèles, en opposition permanente.

Multiplier partenaires et expériences, c’est top. Coucher juste pour répondre à une pulsion aussi. Mais il est aussi possible de vivre des trucs avec les gens. Une heure, une semaine, une vie. Pas forcément des trucs forts et jolis, mais aussi des trucs moyens, touchants, nuls ou marrants. Tinder pourrait permettre cela. Tinder permet certainement cela. Passé la barrière de la photo retouchée, les gens se libèrent, se voient, se revoient se quittent et s’engueulent. L’ennui, c’est que ça représente l’exacerbation de l’entrée du Marketing dans nos vies. L’ultralibéralisme du cul. La pub dans nos plumards.

Et c’est aussi une forme de passage obligé pour la jeunesse branchouille, entre 18 et 25 berges. La propédeutique au retour à la famille nucléaire classique, son monospace, son labrador et son pav’ en banlieue chic.

Les sites de rencontre, c’est bien. Il faut juste que les gens se les réapproprient autrement. Qu’ils arrêtent de se consommer, et de se conformer à des modèles en confrontation radicale. La révolution sexuelle était également politique. Faisons l’amour, pas les magasins !

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